Appeler son deuxième album Cancel Me (I'm Tired), c'est s'exposer à deux lectures différentes : la provocation simple ou l'aveu d'un groupe à bout. Fat Dog laisse la question ouverte, et c'est là que le disque devient intéressant.

Le septuor du sud de Londres s'était fait un nom avec WOOF, en 2024, et surtout avec des concerts où la sueur et l’énergie comptaient autant que les notes. Depuis, la tournée a été si longue que, selon Joe Love, tout le monde a fini par craquer d'une façon ou d'une autre. Le disque a pris forme entre cette tournée, une rupture amoureuse et un mariage à Las Vegas. Un programme qui explique à lui seul le goût de la démesure.

Le vrai changement se joue en coulisses. Le producteur Oli Bayston a fait glisser le groupe du dance-punk vers une électronique plus franchement rave. Pour une formation dont la légende tient au désordre scénique, le pari est net : échanger le chaos contre le grain des machines. C'est le chemin qu'ont autrefois pris, à New York, les groupes de la maison DFA, quand le rock a appris à penser comme un DJ.

Cette discipline nouvelle structure tout le disque. La répétition comme moteur : les morceaux reposent sur des motifs courts, une ligne de basse, un arpège, un cri de synthés qui tournent, se chargent et finissent par ne plus laisser d'issue. Ce principe donne des mélodies efficaces, de celles qui s'impriment dès la deuxième écoute et qu'on se surprend à fredonner. L'ensemble forme un véritable tourbillon, où l'on entre sans prévenir et dont on ressort essoufflé. Fat Dog reste un corps multiple (électro-punk, art-pop, psychédélisme, country), un cœur de club : sept musiciens, des textures qui se chevauchent, mais un seul battement qui commande à tout.

Le morceau-titre donne le ton. Joe Love le décrit comme ce que donnerait sur un dancefloor le psychédélisme anatolien d'Altin Gün, et la chanson s'est nourrie du "How Do You Sleep" de Lennon, cette lettre de rupture publique et rancunière. Le chanteur y joue au condamné consentant : qu'on l'annule, il n'en a cure. Il y a de la vanité dans ce geste, celle de l'artiste qui réclame sa disgrâce pour mieux attirer les regards. On pourrait y voir une outrance un peu forcée. Le risque est réel, mais il fait partie du jeu.

La liste des dix titres dessine un bestiaire de la chute : "Snakes", "The Devil", "Heart of Darkness", "Shit love" puis "Aliens" pour refermer le disque. Le sacré, le serpent et l'extraterrestre font bon ménage dans cette fête orgiaque, comme si le groupe avait compris que la piste de danse est le dernier lieu où l'on s'abandonne encore au mythe.

Reste donc cette question : la fatigue annoncée est-elle un sujet ou un alibi ? Un groupe qui chante son épuisement avec cette énergie démontre surtout le contraire. S'il est tiré vers le bas, ce sera par l’ironie, s'il tient, ce sera grâce à ce qu'il a déjà prouvé en concert, cette énergie, cette façon de rendre la lassitude contagieuse… et dansante.